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La Loi 

 

Il était une fois un petit homme qui marchait seul sur une route. Il avait eu une bicyclette mais elle n’était plus à lui. Quand il l’avait achetée, la loi disait qu’il en était le détenteur. Depuis la loi avait changé plusieurs fois donnant le titre de propriétaire à celui qui se servait de la bicyclette, puis à celui qui détenait le guidon et la selle jusqu’à la dernière loi qui déclarait que le vélo appartenait au propriétaire de l’endroit où la bicyclette était attachée. Son voisin, qui ne l’aimait pas, avait enchaîné son vélo dans son jardin. Toutes ces lois lui avait fait perdre son seul et unique moyen de transport. Voilà pourquoi il marchait. Il avait perdu le procès qu’il avait attenté à son voisin et s’en retournait au tribunal dans l’espoir qu’une nouvelle loi lui permettrait de récupérer sa bicyclette. Il marchait d’un bon pas, tout en grommelant sa colère et son espoir quand soudain, il entendit une voix.

- Halte-là. On ne passe plus.

- Qui es-tu pour m’empêcher de passer?

- Je suis la Loi.

- Il n’y a pas de loi qui m’empêche de marcher.

- Si. Maintenant il y a une.

Le petit homme s’arrêta. S’il y avait une loi pour l’empêcher de marcher, il fallait bien obéir.

- Comment sais-tu qu’il y a une loi qui interdit de marcher.

- Je te l’ai dit. Je suis la Loi. Je connais toutes les lois même s’il y en a beaucoup. Tous les jours, il y a de nouvelles lois. Sais-tu combien mesure le livre de la loi?

- ?

- Six mètres de haut. Toi même quand tu as tu as perdu ton procès, combien mesurait-il?

- Quatre mètres à peine, répondit le petit homme.

- Tu vois, en quelques mois, le livre a grandi de deux mètres.

- Mais comment est-ce possible?

- Avant, ils n’étaient que quelques uns à voter les lois. Puis ils ont adopter des lois pour augmenter le nombre de personnes qui pouvaient les voter. Et maintenant ils sont dix mille quatre cent soixante cinq. Chacun écrit une loi. Il y a en a tellement qu’ils n’ont plus le temps de lire toutes. Alors ils les votent les unes après les autres sans savoir si une loi ne dit pas le contraire d’une autre.

Derrière eux, un brouhaha se fit entendre. Ils se retournèrent et virent des centaines de gens armés de fourches et de haches, de couteaux et de ciseaux.

- Halte-là. On ne passe pas, ordonna la Loi.

- Il n’y a plus de loi. Pousse-toi de notre chemin, gronda la foule qui avec les haches, les couteaux et les ciseaux commença à déchirer et à déchiqueter les pages de la loi. Avec les fourches, la foule jeta tous les morceaux de papier dans le feu et continua son chemin.

Arrivés dans la ville, ils murèrent les portes du bâtiment où l’on votait les lois. Et partout ce fut le chaos. Les voitures grillaient les feux et de gigantesques embouteillages bloquaient toutes les rues. Les gendarmes jouaient aux voleurs, et les voleurs les mettaient dans des prisons qui n’avaient plus ni portes ni gardiens. Tout le monde se servaient sans payer dans les magasins et il eut très vite plus de pain. Les trains de roulaient plus, les métros circulaient à l’envers. Le jour remplaça la nuit, la nuit remplaça le jour. Et bientôt tout le monde regretta le manque de lois.

Le petit homme était resté sur place ne sachant pas quoi faire. Il entendit un gémissement et vit la Loi qui lui faisait signe de s’approcher.

- La Loi, tu es encore vivante, demanda-t-il.

- Je n’en ai plus pour longtemps, je suis si faible.

Presque toutes les pages étaient carbonisées. Il ne restait que quelques morceaux épars, à moitié calcinés.

- Ramasse ce qui n’a pas brûlé.

Le petit homme se mit à récupérer tout ce qui était encore lisible et commença, comme un puzzle, à assembler les morceaux.

- Y arrives-tu, demanda la loi d’une voix de plus en plus faible.

- J’ai réussi à assembler quelques feuilles.

- Lis-les moi.

Alors le petit homme commença à lire.

- Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits

- Bravo!. C’est un bon début continue, dit la Loi sentant peu à peu ses forces revenir.

 

Saint-André de Cruzières - 2014